{"id":502,"date":"2026-01-05T10:48:40","date_gmt":"2026-01-05T09:48:40","guid":{"rendered":"https:\/\/profunitespeciale.be\/?p=502"},"modified":"2026-01-05T19:04:54","modified_gmt":"2026-01-05T18:04:54","slug":"le-vrai-visage-de-lenseignant-par-dela-le-mensonge-et-le-mepris-dune-societe-malade","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/profunitespeciale.be\/?p=502","title":{"rendered":"Le vrai visage de l\u2019enseignant : par-del\u00e0 le mensonge et le m\u00e9pris d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 malade"},"content":{"rendered":"\n<p>Je vais \u00e9crire ce texte une fois pour toutes, calmement, et je vais m\u2019y tenir. Pas pour \u201cgagner\u201d une discussion, pas pour convertir ceux qui ont d\u00e9cid\u00e9 de ne rien entendre, mais pour arr\u00eater de perdre mes soir\u00e9es \u00e0 r\u00e9pondre aux m\u00eames rengaines, jour apr\u00e8s jour, sous les m\u00eames posts, dans les m\u00eames fils, avec les m\u00eames petites phrases. \u00c0 partir d\u2019aujourd\u2019hui, quand quelqu\u2019un reviendra avec les sempiternels \u201c20 heures\u201d, \u201c22 heures\u201d, \u201cils ont plein de vacances\u201d, \u201cvie facile\u201d, je ne red\u00e9plierai plus mon argumentaire \u00e0 la main : <strong>je renverrai vers cet article<\/strong>. Voil\u00e0 ma posture. Elle est simple : j\u2019en ai assez des b\u00eatises r\u00e9p\u00e9t\u00e9es en boucle, assez des st\u00e9r\u00e9otypes naus\u00e9abonds, assez de cette paresse intellectuelle qui se d\u00e9guise en bon sens.<\/p>\n\n\n\n<p>Et si je fais ce choix du \u201ctexte d\u00e9finitif\u201d, ce n\u2019est pas seulement par agacement : c\u2019est parce qu\u2019il existe une loi tr\u00e8s simple, presque comique, qui me dessert. On l\u2019appelle la <strong>loi de Brandolini<\/strong>, ou le principe d\u2019asym\u00e9trie du baratin : l\u2019\u00e9nergie n\u00e9cessaire pour r\u00e9futer une contre-v\u00e9rit\u00e9 est, en gros, d\u2019un ordre de grandeur sup\u00e9rieur \u00e0 celle qu\u2019il faut pour la produire. Quelques secondes suffisent pour l\u00e2cher \u201cles profs travaillent 20 heures\u201d, et il faut ensuite des pages, des sources, des nuances, des chiffres, des d\u00e9finitions, pour remettre la r\u00e9alit\u00e9 sur ses rails. R\u00e9sultat : celui qui baratine co\u00fbte du temps \u00e0 tout le monde, et celui qui veut faire correctement\u2026 paie l\u2019addition. (1)<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le mensonge<\/h2>\n\n\n\n<p>Parce qu\u2019il faut nommer la chose : quand quelqu\u2019un ass\u00e8ne que \u201cles profs ne travaillent pas\u201d, qu\u2019ils font \u201c20\u201d ou \u201c22 heures\u201d, qu\u2019ils seraient des privil\u00e9gi\u00e9s en vacances perp\u00e9tuelles, il n\u2019y a pas cinquante nuances de postures possibles. Il y en a deux (et si vous voyez dans mes propos une fausse dichotomie, pardonnez-moi d\u2019avance).<\/p>\n\n\n\n<p>Premi\u00e8re posture : la <strong>na\u00efvet\u00e9<\/strong>. On ne conna\u00eet pas le m\u00e9tier, on n\u2019a jamais r\u00e9ellement regard\u00e9 ce qu\u2019il contient, on confond le visible et le r\u00e9el, et on parle quand m\u00eame. Pourquoi ? Myst\u00e8re. Parce qu\u2019on croit qu\u2019avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole nous donne l\u2019autorit\u00e9 et la comp\u00e9tence pour parler, professionnellement, de l\u2019\u00e9cole. Ce serait comme se pr\u00e9tendre m\u00e9decin parce qu\u2019on habite son propre corps. C\u2019est ici qu\u2019on touche \u00e0 quelque chose de bien document\u00e9 : cette tendance qu\u2019ont les moins inform\u00e9s \u00e0 surestimer leur compr\u00e9hension, \u00e0 parler plus fort que leur savoir, \u00e0 confondre intuition et expertise, ce qu\u2019on a fini par r\u00e9sumer dans le langage courant sous \u201ceffet Dunning-Kruger\u201d. (2)<\/p>\n\n\n\n<p>Deuxi\u00e8me posture : la <strong>malveillance<\/strong>. On sait, ou on peut savoir en deux minutes, et on choisit malgr\u00e9 tout de propager l\u2019id\u00e9e inverse, parce qu\u2019elle fait plaisir \u00e0 une col\u00e8re ambiante, parce qu\u2019elle permet de d\u00e9signer un bouc \u00e9missaire commode, parce qu\u2019elle nourrit une petite jouissance : d\u00e9nigrer, rabaisser, \u201cremettre \u00e0 leur place\u201d ceux dont on imagine qu\u2019ils se plaignent trop. On peut aussi supposer que celles et ceux qui colportent ces id\u00e9es le font par amertume envers l\u2019\u00e9cole, par ranc\u0153ur, parce qu\u2019elles ou ils sont des <strong>\u00e9corch\u00e9s du syst\u00e8me scolaire<\/strong> et que cracher dessus donne l\u2019illusion de panser de vieilles blessures. Si l\u2019\u00e9cole vous a bless\u00e9, sachez que j\u2019en suis sinc\u00e8rement d\u00e9sol\u00e9. Il y a, comme dans tous syst\u00e8mes, des individus qui ne devraient pas y \u00e9voluer. Il y a aussi des violences que le syst\u00e8me porte en lui. On peut le d\u00e9plorer. Mais faut-il planter un poignard, des ann\u00e9es apr\u00e8s, dans le dos de celles et ceux qui essayent de rendre ce syst\u00e8me un peu moins abject ? D\u00e9verser son fiel sur les enseignants n\u2019ab\u00eeme pas seulement des individus ; cela ab\u00eeme une collectivit\u00e9. Cela rend acceptable l\u2019id\u00e9e qu\u2019on peut traiter une profession enti\u00e8re comme une caste de fain\u00e9ants ou de gens aux intentions douteuses, puis s\u2019\u00e9tonner ensuite que le syst\u00e8me craque.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, reprenons le n\u0153ud du mensonge : ces fameux \u201cX heures prest\u00e9es\u201d. Ce chiffre n\u2019est pas un temps de travail. C\u2019est, au mieux, un <strong>temps de pr\u00e9sence <\/strong>\u201cdevant \u00e9l\u00e8ves\u201d, du face-\u00e0-face p\u00e9dagogique inscrit dans un horaire. Un morceau du m\u00e9tier, la partie visible, celle qui se mesure facilement, celle qui rassure les amateurs de tableaux et de colonnes. Mais un enseignant ne \u201ctravaille\u201d pas seulement quand il parle en classe. Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pour \u00e9viter cette confusion que les enqu\u00eates internationales distinguent le temps d\u2019enseignement et le temps total consacr\u00e9 au travail, y compris le soir, le week-end, et tout ce qui se passe hors de la salle de cours. (3)<\/p>\n\n\n\n<p>La source la plus claire, ici, c\u2019est TALIS (Teaching and Learning International Survey) : l\u2019enqu\u00eate internationale de l\u2019OCDE sur l\u2019enseignement et l\u2019apprentissage, l\u2019une des plus grandes enqu\u00eates au monde sur les enseignants et les chefs d\u2019\u00e9tablissement. (3) TALIS pose une question tr\u00e8s simple, tr\u00e8s concr\u00e8te : pendant la derni\u00e8re semaine compl\u00e8te, combien d\u2019heures avez-vous travaill\u00e9 au total, et comment ce temps se r\u00e9partit-il ? R\u00e9sultat moyen, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle OCDE, dans TALIS 2018 : 38,8 heures par semaine consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019ensemble des t\u00e2ches li\u00e9es au travail dans l\u2019\u00e9tablissement, dont 20,6 heures en enseignement direct. (3) Autrement dit : m\u00eame dans un indicateur prudent, encadr\u00e9, \u201csemaine d\u00e9clar\u00e9e\u201d, on est d\u00e9j\u00e0 loin du fantasme des \u201c22 heures\u201d, et on voit surtout l\u2019essentiel : une grande partie du m\u00e9tier se d\u00e9roule hors du regard public.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il faut ajouter une pr\u00e9cision capitale, que les chiffres moyens font parfois oublier : 38,8 heures, c\u2019est une moyenne, dans un cadre d\u2019enqu\u00eate, et surtout c\u2019est quelque chose qui varie \u00e9norm\u00e9ment selon le moment de l\u2019ann\u00e9e, selon le niveau, selon l\u2019\u00e9tablissement, selon les responsabilit\u00e9s, et m\u00eame selon la discipline. \u00c0 titre personnel, j\u2019ai enseign\u00e9 le fran\u00e7ais et les sciences \u00e9conomiques : et entre les deux, la charge n\u2019a rien d\u2019un copi\u00e9-coll\u00e9. En fran\u00e7ais, la correction est un gouffre de temps. Pendant les mois d\u2019examens, il n\u2019est pas rare de corriger jusqu\u2019\u00e0 une heure, deux heures du matin, pour rempiler le lendemain \u00e0 six heures. Dans ces p\u00e9riodes-l\u00e0, les semaines d\u00e9passent all\u00e8grement les cinquante heures. Et ce que je raconte ici n\u2019a rien d\u2019exceptionnel : c\u2019est la routine silencieuse de beaucoup de coll\u00e8gues quand la machine d\u2019\u00e9valuation s\u2019emballe et que, malgr\u00e9 tout, on veut faire correctement. (3)<\/p>\n\n\n\n<p>Et \u00e0 ce moment-l\u00e0, on m\u2019oppose souvent l\u2019argument standard : \u201coui mais il y a plein de m\u00e9tiers o\u00f9 on d\u00e9passe 50 heures\u201d. \u00c9videmment. Personne de s\u00e9rieux ne nie l\u2019existence de m\u00e9tiers \u00e9prouvants. Le probl\u00e8me, c\u2019est l\u2019usage qu\u2019on fait de cette comparaison : elle sert presque toujours \u00e0 <strong>disqualifier<\/strong>, pas \u00e0 comprendre. \u201cRegarde les m\u00e9decins qui font des gardes\u201d, me dit-on, comme si cela devait clore la discussion. Alors regardons, mais regardons vraiment. Le travail de nuit des m\u00e9decins est r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 comme du travail de nuit, avec des majorations, des gardes pay\u00e9es, des syst\u00e8mes de compensation. Et c\u2019est normal : la nuit est une contrainte. Or, dans l\u2019enseignement, le travail de nuit n\u2019est pas pay\u00e9 plus. Rien ne l&rsquo;est en r\u00e9alit\u00e9. On n\u2019est pas pay\u00e9 plus quand on travaille pendant les vacances. On n\u2019est pas pay\u00e9 plus quand on travaille les dimanches. On n\u2019est pas pay\u00e9 plus quand on \u00e9tire la journ\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 des heures absurdes parce qu\u2019il faut, dans un temps fini, produire du travail s\u00e9rieux. Il y a l\u00e0 une diff\u00e9rence de traitement qu\u2019on ne peut pas \u00e9vacuer d\u2019un revers de main.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis il y a l\u2019autre diff\u00e9rence, celle dont on ne veut jamais parler, comme si c\u2019\u00e9tait ind\u00e9cent : la reconnaissance sociale et salariale. Prenons un exemple, puisqu\u2019on cite souvent les m\u00e9decins : un anesth\u00e9siste, un chirurgien, peut travailler 40, 50 heures, oui. Mais il a aussi un salaire qui peut \u00eatre cinq, six, sept, huit fois sup\u00e9rieur \u00e0 celui d\u2019un enseignant, selon les statuts et les contextes. Attention : je ne dis pas que le salaire permet l\u2019exploitation. Je dis que, dans beaucoup de m\u00e9tiers socialement \u201cdifficiles\u201d, il existe au moins une forme de compensation, mat\u00e9rielle et symbolique : salaire, statut, reconnaissance. Les enseignants, eux, paient souvent trois fois le prix : la charge horaire explose \u00e0 certains moments, le salaire ne suit pas, et la reconnaissance s\u2019effondre. Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce cocktail qui rend le m\u00e9tier toxique \u00e0 long terme, pas le fait brut de \u201ctravailler beaucoup\u201d. (5)(7)<\/p>\n\n\n\n<p>Et si quelqu\u2019un veut encore jouer \u00e0 l\u2019autruche, l\u2019OCDE a consacr\u00e9 une note enti\u00e8re \u00e0 ce constat, en montrant comment les politiques publiques, les cadres de travail et l\u2019inflation des t\u00e2ches font d\u00e9river le m\u00e9tier, souvent au d\u00e9triment du c\u0153ur : enseigner et faire apprendre. (4) On peut ne pas aimer la conclusion, mais la conclusion ne d\u00e9pend pas de notre humeur : elle d\u00e9pend des donn\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut s\u2019arr\u00eater une seconde sur ce point, parce que c\u2019est l\u00e0 que naissent beaucoup de st\u00e9r\u00e9otypes. Quand on dit \u201cun prof travaille\u201d, beaucoup entendent \u201cun prof est en classe\u201d. Or la classe, c\u2019est le sommet de la pyramide, pas sa base. La classe, c\u2019est la repr\u00e9sentation publique du m\u00e9tier. Mais ce qui rend ce moment possible, ce qui en fait autre chose qu\u2019une simple performance improvis\u00e9e, c\u2019est la mati\u00e8re invisible : concevoir, pr\u00e9parer, ajuster \u00e0 des niveaux h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, anticiper des difficult\u00e9s, corriger, \u00e9valuer avec coh\u00e9rence, produire des feedbacks, diff\u00e9rencier, accompagner des \u00e9l\u00e8ves en difficult\u00e9, r\u00e9pondre aux parents, participer \u00e0 des r\u00e9unions, assurer de la coordination, absorber des t\u00e2ches administratives qui ne cessent de grossir. (3) Il n\u2019y a rien de \u201cromantique\u201d dans cette liste ; c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pour \u00e7a qu\u2019on l\u2019oublie\u2026 et qu\u2019on la m\u00e9prise.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le m\u00e9pris<\/h2>\n\n\n\n<p>Et puis il y a l\u2019autre mensonge-jumeau : \u201cils ont plein de vacances\u201d. C\u2019est une mani\u00e8re de d\u00e9placer la discussion. On ne parle plus du travail r\u00e9el, on parle d\u2019un calendrier. On ne parle plus de charge, on parle de jalousie. On fait croire que si le m\u00e9tier est difficile, alors il serait \u201ccompens\u00e9\u201d par des cong\u00e9s, comme si la fatigue psychique \u00e9tait une monnaie qu\u2019on pourrait solder \u00e0 la caisse. Mais surtout, on \u00e9vite la seule question adulte : est-ce que les conditions du m\u00e9tier permettent de durer ? Est-ce que l\u2019organisation du travail est soutenable ? Est-ce que la soci\u00e9t\u00e9 a int\u00e9r\u00eat \u00e0 rendre ce m\u00e9tier vivable ?<\/p>\n\n\n\n<p>Parce que la r\u00e9alit\u00e9, elle, ne se laisse pas hypnotiser par les clich\u00e9s. La r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est aussi le regard social, et l\u00e0 encore TALIS est brutal de simplicit\u00e9 : 26% des enseignants, en moyenne dans l\u2019OCDE, estiment que leur profession est valoris\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9. (5) Pour 74%, ce n\u2019est donc pas le cas. Ce n\u2019est pas un \u201cressenti isol\u00e9\u201d, c\u2019est une photographie sociale \u00e0 grande \u00e9chelle. Et cette photographie dit une chose tr\u00e8s simple : <strong>une majorit\u00e9 d\u2019enseignants a le sentiment de faire un travail essentiel dans un environnement qui le respecte mal.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait se contenter de trouver \u00e7a triste, et passer \u00e0 autre chose. Mais ce serait une erreur, parce que la reconnaissance n\u2019est pas un bonus sentimental : c\u2019est un facteur qui p\u00e8se sur la sant\u00e9 professionnelle, sur la motivation, sur l\u2019envie de rester. Des travaux acad\u00e9miques montrent que le fait de se sentir sous-valoris\u00e9 s\u2019accompagne d\u2019indicateurs moins favorables de bien-\u00eatre et de satisfaction au travail. (6) Et TALIS 2024 va plus loin encore : l\u2019OCDE montre que, toutes choses \u00e9gales par ailleurs, les enseignants qui se sentent valoris\u00e9s par la soci\u00e9t\u00e9 sont plus susceptibles de se projeter dans le m\u00e9tier et moins susceptibles d\u2019envisager de le quitter \u00e0 court terme, avec un effet qui n\u2019a rien d\u2019anecdotique. (7) Autrement dit : le m\u00e9pris social n\u2019est pas seulement injuste, il est contre-productif. Il co\u00fbte cher, humainement et institutionnellement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une soci\u00e9t\u00e9 malade<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00c0 ce stade, on devrait d\u00e9j\u00e0 comprendre que la petite blague sur les \u201cX heures\u201d n\u2019est pas une simple blague. C\u2019est une brique dans un mur. Une brique qui s\u2019ajoute \u00e0 d\u2019autres : suspicion permanente, injonctions contradictoires, inflation administrative, r\u00e9formes \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, attentes croissantes, ressources insuffisantes. Et ce mur finit par produire un effet tr\u00e8s concret : il pousse des gens dehors. Parce que le corps et l\u2019esprit ont leurs limites, et qu\u2019il y a un moment o\u00f9 l\u2019on choisit de ne plus se sacrifier pour un syst\u00e8me qui vous explique, en plus, que vous \u00eates un privil\u00e9gi\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ici qu\u2019on arrive au troisi\u00e8me volet, celui que j\u2019appelle le mur du r\u00e9el, celui qui ne se discute pas : le turnover, la fuite, l\u2019attrition, la p\u00e9nurie. On peut d\u00e9battre des opinions autant qu\u2019on veut ; mais quand un tiers des entrants s\u2019en va, ce n\u2019est plus une conversation, c\u2019est un diagnostic. En F\u00e9d\u00e9ration Wallonie-Bruxelles, une mise en perspective fond\u00e9e sur des donn\u00e9es administratives indique que 33,7% des enseignants ont quitt\u00e9 l\u2019enseignement dans les cinq ann\u00e9es suivant leur entr\u00e9e en fonction. (8) <strong>Un tiers.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On peut toujours r\u00e9pondre : \u201cqu\u2019ils partent, alors\u201d. Mais ce <strong>cynisme<\/strong> est une forme d\u2019aveuglement. Quand un pays accepte que son \u00e9cole tourne avec un d\u00e9ficit chronique de professeurs, il accepte en r\u00e9alit\u00e9 autre chose : des cours non remplac\u00e9s, des \u00e9quipes qui s\u2019\u00e9puisent, des \u00e9l\u00e8ves qui accumulent des manques, des in\u00e9galit\u00e9s qui se creusent, et une institution qui perd sa capacit\u00e9 \u00e0 tenir ses promesses. Et l\u2019on peut retourner le probl\u00e8me dans tous les sens : si une profession essentielle conna\u00eet une attrition massive, le probl\u00e8me n\u2019est pas \u201cles individus\u201d, le probl\u00e8me est le m\u00e9tier tel qu\u2019il est devenu, et la mani\u00e8re dont on l\u2019organise.<\/p>\n\n\n\n<p>Le plus frappant, c\u2019est que cette crise n\u2019est pas un petit souci local qu\u2019on pourrait balayer en disant \u201cchez nous c\u2019est sp\u00e9cial\u201d. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, l\u2019UNESCO estime qu\u2019il faudra combler un d\u00e9ficit d\u2019environ 44 millions d\u2019enseignants du primaire et du secondaire d\u2019ici 2030, notamment pour remplacer ceux qui quittent la profession. (9) Quarante-quatre millions. Ce n\u2019est pas un chiffre de pol\u00e9mique ; c\u2019est un chiffre de gouvernance mondiale. Et quand l\u2019UNESCO parle d\u2019une crise, elle pointe explicitement les enjeux d\u2019attractivit\u00e9 et de r\u00e9tention : ce n\u2019est pas seulement \u201crecruter\u201d, c\u2019est \u201cretenir\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Je reviens alors au point politique, mais au sens noble : la collectivit\u00e9. Quand on humilie les enseignants, on ne \u201ctacle\u201d pas une corporation. On d\u00e9sorganise un bien commun. On <strong>fragilise<\/strong> l\u2019endroit m\u00eame o\u00f9 se fabriquent les comp\u00e9tences qui permettent ensuite de ne pas se faire manipuler : lire, \u00e9crire, compter, raisonner, distinguer une preuve d\u2019une opinion, argumenter sans violence, v\u00e9rifier, douter intelligemment, apprendre.<\/p>\n\n\n\n<p>On le voit aussi dans des travaux centr\u00e9s sur le statut : le Global Teacher Status Index met en \u00e9vidence des liens entre le statut per\u00e7u des enseignants et des variables de performance \u00e9ducative, et insiste sur l\u2019importance du respect social accord\u00e9 \u00e0 la profession. (10) On peut discuter la causalit\u00e9 exacte, on peut \u00eatre prudent, mais l\u2019id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale est robuste : une soci\u00e9t\u00e9 qui respecte ses enseignants attire davantage, stabilise mieux, et cr\u00e9e de meilleures conditions pour que l\u2019enseignement soit un m\u00e9tier durable. L\u00e0 encore, la moquerie publique n\u2019est pas un d\u00e9tail culturel : c\u2019est une variable sociale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Parce qu\u2019il faut conclure<\/h2>\n\n\n\n<p>Alors oui, je le redis clairement : quand vous r\u00e9p\u00e9tez \u201cX heures\u201d, vous faites peut-\u00eatre une erreur de bonne foi. Dans ce cas, le probl\u00e8me n\u2019est pas votre opinion ; le probl\u00e8me, c\u2019est votre certitude. C\u2019est cette mani\u00e8re de parler d\u2019un m\u00e9tier que vous ne connaissez pas, comme si vous en ma\u00eetrisiez les r\u00e8gles, les contraintes, les nuits, les dimanches, les piles de copies, la charge \u00e9motionnelle, l\u2019exigence d\u2019attention continue, le poids des injonctions.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne demande pas qu\u2019on sanctifie les enseignants. Je ne demande pas qu\u2019on interdise la critique. Je demande qu\u2019<strong>on arr\u00eate de mentir<\/strong>. Qu\u2019on arr\u00eate de confondre un horaire et un m\u00e9tier. Qu\u2019<strong>on arr\u00eate de nourrir une haine sociale<\/strong> \u00e0 bas co\u00fbt. Et qu\u2019on comprenne enfin ceci : lorsqu\u2019on ab\u00eeme l\u2019image de ceux qui enseignent, on n\u2019ab\u00eeme pas seulement leur moral ; on ab\u00eeme la capacit\u00e9 d\u2019un pays \u00e0 se former lui-m\u00eame. Et \u00e7a, c\u2019est un probl\u00e8me d\u00e9mocratique majeur.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences<br><\/strong>(1) Wikipedia contributors. (n.d.). Brandolini\u2019s law (bullshit asymmetry principle). Wikipedia.<br>(2) Kruger, J., &amp; Dunning, D. (1999). Unskilled and unaware of it: How difficulties in recognizing one\u2019s own incompetence lead to inflated self-assessments. Journal of Personality and Social Psychology, 77(6), 1121\u20131134. doi:10.1037\/0022-3514.77.6.1121<br>(3) OECD. (2019). TALIS 2018 Results (Volume I): Teachers and School Leaders as Lifelong Learners. OECD Publishing.<br>(4) Boeskens, L., &amp; Nusche, D. (2021). Not enough hours in the day: Policies that shape teachers\u2019 use of time (OECD Education Working Papers, No. 245). OECD Publishing. doi:10.1787\/15990b42-en<br>(5) OECD. (2020). TALIS 2018 Results (Volume II): Teachers and School Leaders as Valued Professionals. OECD Publishing.<br>(6) Akiba, M., Byun, S.-Y., Jiang, X., Kim, K., &amp; Moran, A. J. (2023). Do Teachers Feel Valued in Society? Occupational Value of the Teaching Profession in OECD Countries. AERA Open, 9. doi:10.1177\/23328584231179184<br>(7) OECD. (2025). Results from TALIS 2024: Sustaining the teaching profession. OECD Publishing.<br>(8) Lafontaine, D. (2024). La p\u00e9nurie d\u2019enseignants : mise en perspective. (Document diffus\u00e9 via ORBi\/ULi\u00e8ge).<br>(9) UNESCO &amp; International Task Force on Teachers for Education 2030. (2024). Global Report on Teachers: Addressing Teacher Shortages and Transforming the Profession.<br>(10) Dolton, P., Marcenaro-Guti\u00e9rrez, O., de Vries, R., &amp; She, P.-W. (2018). Global Teacher Status Index 2018. Varkey Foundation.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Notice d\u2019utilisation de l\u2019IA<br><\/strong>Transparence : j\u2019\u00e9cris moi-m\u00eame mes textes. Pour celui-ci, j\u2019ai simplement utilis\u00e9 ChatGPT comme outil de relecture (correction, reformulation, fluidit\u00e9) et Perplexity comme carnet de notes pour rep\u00e9rer des sources et organiser des \u00e9l\u00e9ments. Le fond, le ton, les choix, et la responsabilit\u00e9 du contenu restent enti\u00e8rement les miens.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je vais \u00e9crire ce texte une fois pour toutes, calmement, et je vais m\u2019y tenir. Pas pour \u201cgagner\u201d une discussion, pas pour convertir ceux qui ont d\u00e9cid\u00e9 de ne rien entendre, mais pour arr\u00eater de perdre mes soir\u00e9es \u00e0 r\u00e9pondre aux m\u00eames rengaines, jour apr\u00e8s jour, sous les m\u00eames posts, dans les m\u00eames fils, avec les m\u00eames petites phrases. \u00c0 partir d\u2019aujourd\u2019hui, quand quelqu\u2019un reviendra avec les sempiternels \u201c20 heures\u201d, \u201c22 heures\u201d, \u201cils ont plein de vacances\u201d, \u201cvie facile\u201d, je ne red\u00e9plierai plus mon argumentaire \u00e0 la main : je renverrai vers cet article. Voil\u00e0 ma posture. Elle est simple : j\u2019en ai assez des b\u00eatises r\u00e9p\u00e9t\u00e9es en boucle, assez des st\u00e9r\u00e9otypes naus\u00e9abonds, assez de cette paresse intellectuelle qui se d\u00e9guise en bon sens. Et si je fais ce choix du \u201ctexte d\u00e9finitif\u201d, ce n\u2019est pas seulement par agacement : c\u2019est parce qu\u2019il existe une loi tr\u00e8s simple, presque comique, qui me dessert. On l\u2019appelle la loi de Brandolini, ou le principe d\u2019asym\u00e9trie du baratin : l\u2019\u00e9nergie n\u00e9cessaire pour r\u00e9futer une contre-v\u00e9rit\u00e9 est, en gros, d\u2019un ordre de grandeur sup\u00e9rieur \u00e0 celle qu\u2019il faut pour la produire. Quelques secondes suffisent pour l\u00e2cher \u201cles profs travaillent 20 heures\u201d, et il faut ensuite des pages, des sources, des nuances, des chiffres, des d\u00e9finitions, pour remettre la r\u00e9alit\u00e9 sur ses rails. R\u00e9sultat : celui qui baratine co\u00fbte du temps \u00e0 tout le monde, et celui qui veut faire correctement\u2026 paie l\u2019addition. (1) Le mensonge Parce qu\u2019il faut nommer la chose : quand quelqu\u2019un ass\u00e8ne que \u201cles profs ne travaillent pas\u201d, qu\u2019ils font \u201c20\u201d ou \u201c22 heures\u201d, qu\u2019ils seraient des privil\u00e9gi\u00e9s en vacances perp\u00e9tuelles, il n\u2019y a pas cinquante nuances de postures possibles. Il y en a deux (et si vous voyez dans mes propos une fausse dichotomie, pardonnez-moi d\u2019avance). Premi\u00e8re posture : la na\u00efvet\u00e9. On ne conna\u00eet pas le m\u00e9tier, on n\u2019a jamais r\u00e9ellement regard\u00e9 ce qu\u2019il contient, on confond le visible et le r\u00e9el, et on parle quand m\u00eame. Pourquoi ? Myst\u00e8re. Parce qu\u2019on croit qu\u2019avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole nous donne l\u2019autorit\u00e9 et la comp\u00e9tence pour parler, professionnellement, de l\u2019\u00e9cole. Ce serait comme se pr\u00e9tendre m\u00e9decin parce qu\u2019on habite son propre corps. C\u2019est ici qu\u2019on touche \u00e0 quelque chose de bien document\u00e9 : cette tendance qu\u2019ont les moins inform\u00e9s \u00e0 surestimer leur compr\u00e9hension, \u00e0 parler plus fort que leur savoir, \u00e0 confondre intuition et expertise, ce qu\u2019on a fini par r\u00e9sumer dans le langage courant sous \u201ceffet Dunning-Kruger\u201d. (2) Deuxi\u00e8me posture : la malveillance. On sait, ou on peut savoir en deux minutes, et on choisit malgr\u00e9 tout de propager l\u2019id\u00e9e inverse, parce qu\u2019elle fait plaisir \u00e0 une col\u00e8re ambiante, parce qu\u2019elle permet de d\u00e9signer un bouc \u00e9missaire commode, parce qu\u2019elle nourrit une petite jouissance : d\u00e9nigrer, rabaisser, \u201cremettre \u00e0 leur place\u201d ceux dont on imagine qu\u2019ils se plaignent trop. On peut aussi supposer que celles et ceux qui colportent ces id\u00e9es le font par amertume envers l\u2019\u00e9cole, par ranc\u0153ur, parce qu\u2019elles ou ils sont des \u00e9corch\u00e9s du syst\u00e8me scolaire et que cracher dessus donne l\u2019illusion de panser de vieilles blessures. Si l\u2019\u00e9cole vous a bless\u00e9, sachez que j\u2019en suis sinc\u00e8rement d\u00e9sol\u00e9. Il y a, comme dans tous syst\u00e8mes, des individus qui ne devraient pas y \u00e9voluer. Il y a aussi des violences que le syst\u00e8me porte en lui. On peut le d\u00e9plorer. Mais faut-il planter un poignard, des ann\u00e9es apr\u00e8s, dans le dos de celles et ceux qui essayent de rendre ce syst\u00e8me un peu moins abject ? D\u00e9verser son fiel sur les enseignants n\u2019ab\u00eeme pas seulement des individus ; cela ab\u00eeme une collectivit\u00e9. Cela rend acceptable l\u2019id\u00e9e qu\u2019on peut traiter une profession enti\u00e8re comme une caste de fain\u00e9ants ou de gens aux intentions douteuses, puis s\u2019\u00e9tonner ensuite que le syst\u00e8me craque. Alors, reprenons le n\u0153ud du mensonge : ces fameux \u201cX heures prest\u00e9es\u201d. Ce chiffre n\u2019est pas un temps de travail. C\u2019est, au mieux, un temps de pr\u00e9sence \u201cdevant \u00e9l\u00e8ves\u201d, du face-\u00e0-face p\u00e9dagogique inscrit dans un horaire. Un morceau du m\u00e9tier, la partie visible, celle qui se mesure facilement, celle qui rassure les amateurs de tableaux et de colonnes. Mais un enseignant ne \u201ctravaille\u201d pas seulement quand il parle en classe. Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pour \u00e9viter cette confusion que les enqu\u00eates internationales distinguent le temps d\u2019enseignement et le temps total consacr\u00e9 au travail, y compris le soir, le week-end, et tout ce qui se passe hors de la salle de cours. (3) La source la plus claire, ici, c\u2019est TALIS (Teaching and Learning International Survey) : l\u2019enqu\u00eate internationale de l\u2019OCDE sur l\u2019enseignement et l\u2019apprentissage, l\u2019une des plus grandes enqu\u00eates au monde sur les enseignants et les chefs d\u2019\u00e9tablissement. (3) TALIS pose une question tr\u00e8s simple, tr\u00e8s concr\u00e8te : pendant la derni\u00e8re semaine compl\u00e8te, combien d\u2019heures avez-vous travaill\u00e9 au total, et comment ce temps se r\u00e9partit-il ? R\u00e9sultat moyen, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle OCDE, dans TALIS 2018 : 38,8 heures par semaine consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019ensemble des t\u00e2ches li\u00e9es au travail dans l\u2019\u00e9tablissement, dont 20,6 heures en enseignement direct. (3) Autrement dit : m\u00eame dans un indicateur prudent, encadr\u00e9, \u201csemaine d\u00e9clar\u00e9e\u201d, on est d\u00e9j\u00e0 loin du fantasme des \u201c22 heures\u201d, et on voit surtout l\u2019essentiel : une grande partie du m\u00e9tier se d\u00e9roule hors du regard public. Mais il faut ajouter une pr\u00e9cision capitale, que les chiffres moyens font parfois oublier : 38,8 heures, c\u2019est une moyenne, dans un cadre d\u2019enqu\u00eate, et surtout c\u2019est quelque chose qui varie \u00e9norm\u00e9ment selon le moment de l\u2019ann\u00e9e, selon le niveau, selon l\u2019\u00e9tablissement, selon les responsabilit\u00e9s, et m\u00eame selon la discipline. \u00c0 titre personnel, j\u2019ai enseign\u00e9 le fran\u00e7ais et les sciences \u00e9conomiques : et entre les deux, la charge n\u2019a rien d\u2019un copi\u00e9-coll\u00e9. En fran\u00e7ais, la correction est un gouffre de temps. Pendant les mois d\u2019examens, il n\u2019est pas rare de corriger jusqu\u2019\u00e0 une heure, deux heures du matin, pour rempiler le lendemain \u00e0 six heures. Dans ces p\u00e9riodes-l\u00e0, les semaines d\u00e9passent all\u00e8grement les cinquante heures. Et ce que je raconte ici n\u2019a rien d\u2019exceptionnel : c\u2019est la routine silencieuse de beaucoup de coll\u00e8gues quand la machine [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":505,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[16],"tags":[64,63,68,65,66,70,69,67],"class_list":["post-502","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-pedagogie","tag-ecole","tag-enseignant-2","tag-enseigner","tag-mensonge","tag-mepris","tag-professeur","tag-professeurs","tag-travail"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/profunitespeciale.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/502","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/profunitespeciale.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/profunitespeciale.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/profunitespeciale.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/profunitespeciale.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=502"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/profunitespeciale.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/502\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":509,"href":"https:\/\/profunitespeciale.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/502\/revisions\/509"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/profunitespeciale.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/505"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/profunitespeciale.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=502"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/profunitespeciale.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=502"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/profunitespeciale.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=502"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}