{"id":579,"date":"2026-05-07T17:55:15","date_gmt":"2026-05-07T15:55:15","guid":{"rendered":"https:\/\/profunitespeciale.be\/?p=579"},"modified":"2026-05-08T12:01:36","modified_gmt":"2026-05-08T10:01:36","slug":"une-course-a-trois-chiffres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/profunitespeciale.be\/?p=579","title":{"rendered":"Une course \u00e0 trois chiffres"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"682\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/profunitespeciale.be\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_9773-682x1024.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-582\" srcset=\"https:\/\/profunitespeciale.be\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_9773-682x1024.png 682w, https:\/\/profunitespeciale.be\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_9773-200x300.png 200w, https:\/\/profunitespeciale.be\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_9773-768x1154.png 768w, https:\/\/profunitespeciale.be\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_9773-830x1247.png 830w, https:\/\/profunitespeciale.be\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_9773-600x901.png 600w, https:\/\/profunitespeciale.be\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_9773-300x450.png 300w, https:\/\/profunitespeciale.be\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/IMG_9773.png 1023w\" sizes=\"auto, (max-width: 682px) 100vw, 682px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Au d\u00e9but, on ne sait pas que c&rsquo;est le d\u00e9but<\/h3>\n\n\n\n<p>Il y a des exp\u00e9riences que l\u2019on vit pour pouvoir dire qu\u2019on les a faites. Et puis il y a celles que l\u2019on vit parce qu\u2019au fond, quelque chose en nous avait besoin de les traverser. Le Legends Ardenne Trail fait partie de celles-l\u00e0. J\u2019\u00e9cris pour moi. Pour ne pas oublier. Ne pas oublier, qu\u2019un jour, j\u2019ai termin\u00e9 Le LAT 110, un ultra trail de 111 kilom\u00e8tres et 3500 m\u00e8tres de d\u00e9nivel\u00e9 positif entre le barrage de Nisramont et Ocquier (commune de Clavier). Et parce que je n\u2019ai pas film\u00e9. Parce que je n\u2019ai pas photographi\u00e9. J\u2019ai mis les souvenirs dans ma t\u00eate. Et qu\u2019\u00e9crire permet de recr\u00e9er ces images, encore et encore. Avec beaut\u00e9, temps, et avec la brume mn\u00e9sique qui entoure mon v\u00e9cu profond de ce parcours.<\/p>\n\n\n\n<p>Une question (revenait et) revient souvent. Une question qui semble simple, mais qui me laisse toujours un peu perplexe : \u00ab Mais pourquoi tu (vas faire ou) a fait \u00e7a ? \u00bb Pourquoi courir autant ? Pourquoi vouloir aller plus loin ? Pourquoi vouloir passer dix-sept heures et demie \u00e0 courir, marcher, souffrir, grimper des c\u00f4tes absurdes, traverser des for\u00eats dans la nuit, finir d\u00e9truit physiquement et pourtant profond\u00e9ment heureux (<em>a posteriori)<\/em> d\u2019avoir travers\u00e9 tout \u00e7a ?<\/p>\n\n\n\n<p>Plus j\u2019y r\u00e9fl\u00e9chis, plus je trouve cette question \u00e9trange. Parce que les gens comprennent tr\u00e8s bien qu\u2019on coure un 10 kilom\u00e8tres. Ils comprennent encore le semi-marathon. \u00c0 la limite, ils comprennent le marathon, parce que c\u2019est une distance mythique, install\u00e9e dans l\u2019imaginaire collectif. Mais d\u00e8s qu\u2019on d\u00e9passe cela, d\u00e8s qu\u2019on entre dans des distances qui ne semblent plus raisonnables, il faudrait une explication. Comme si cela relevait forc\u00e9ment d\u2019un exc\u00e8s. Comme si cela sortait des normes acceptables du quotidien. Comme si aller courir longtemps dans les bois \u00e9tait plus stupide que de passer des heures devant un \u00e9cran ou enferm\u00e9 dans un bureau sous lumi\u00e8re artificielle.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, au fond, courir est probablement l\u2019une des choses les plus profond\u00e9ment humaines qui soient. L\u2019\u00eatre humain est un animal d\u2019endurance. Nous avons surv\u00e9cu pendant des mill\u00e9naires non pas parce que nous \u00e9tions les plus forts ou les plus rapides, mais parce que nous \u00e9tions capables d\u2019avancer longtemps (de fabriquer des outils et de faire soci\u00e9t\u00e9). Tr\u00e8s longtemps. Je crois qu\u2019il y a quelque chose d\u2019extr\u00eamement archa\u00efque dans le trail. Quelque chose qui reconnecte \u00e0 une version tr\u00e8s ancienne de nous-m\u00eames. Quelque chose qui d\u00e9passe largement le simple fait de \u00ab faire du sport \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Bref, on ne demande jamais \u00e0 quelqu\u2019un pourquoi il aime jouer du piano. On ne demande pas pourquoi quelqu\u2019un aime boire une bonne bi\u00e8re avec des amis. On ne demande pas pourquoi quelqu\u2019un aime regarder du foot \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, cuisiner, jardiner, lire ou marcher pendant des heures. Mais courir dans les bois, surtout longtemps, semble exiger une justification. Et plus on s\u2019\u00e9loigne des standards habituels, plus cette justification semble devoir devenir s\u00e9rieuse. Comme s\u2019il fallait d\u00e9fendre l\u2019existence m\u00eame du d\u00e9sir.<\/p>\n\n\n\n<p>Moi, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 courir il y a cinq ans. Au d\u00e9part, c\u2019\u00e9tait presque banal. Une question de sant\u00e9. Apr\u00e8s une op\u00e9ration, j\u2019avais perdu du poids et j\u2019avais besoin de reprendre soin de mon corps. Mais tr\u00e8s vite, j\u2019ai compris que ce n\u2019\u00e9tait pas uniquement mon corps qui allait mieux. C\u2019\u00e9tait ma t\u00eate aussi. Parce qu\u2019il y a quelque chose dans le fait de sortir dehors, dans les chemins, dans les bois, qui me fait du bien d\u2019une mani\u00e8re difficile \u00e0 expliquer. Respirer l\u2019air froid le matin. Entendre les oiseaux avant que le monde ne fasse du bruit. Courir sous la pluie. Traverser la boue en hiver. Sentir les feuilles mortes en automne. Voir les premi\u00e8res pousses sortir de terre au printemps. Aimer la poussi\u00e8re des chemins en \u00e9t\u00e9, les cailloux, les sentiers, les saisons. Le trail ne s\u2019est m\u00eame pas vraiment impos\u00e9 comme un choix. J\u2019habite \u00e0 la campagne. Autour de chez moi, il y a davantage de chemins que de routes. Alors naturellement, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 courir dedans. Puis un jour, je me suis rendu compte que j\u2019aimais profond\u00e9ment \u00e7a. J\u2019aimais l\u2019esth\u00e9tique des chemins. J\u2019aimais le fait de devoir avancer malgr\u00e9 le froid, malgr\u00e9 la pluie, malgr\u00e9 la fatigue. J\u2019aimais aussi cette sensation \u00e9trange d\u2019\u00eatre seul au monde dans les bois. Et je crois surtout que j\u2019avais besoin d\u2019un endroit o\u00f9 l\u00e2cher.<\/p>\n\n\n\n<p>Parce que ma vie quotidienne est dense. Un doctorat. L\u2019enseignement. Les spectacles. L\u2019improvisation. Trois enfants. Mille pens\u00e9es en permanence. Et souvent, quand les gens me disent : \u00ab Tu devrais peut-\u00eatre lever le pied \u00bb, ce qui est \u00e9trange, c\u2019est que les choses qu\u2019il faudrait retirer sont toujours celles qui me font du bien. Il faudrait courir moins. Faire moins d\u2019impro. Cr\u00e9er moins. Bouger moins. En gros, il faudrait garder tout ce qui \u00e9puise et retirer tout ce qui ressource. Et je trouve \u00e7a profond\u00e9ment bizarre. On dit rarement aux gens : \u00ab Tu devrais peut-\u00eatre travailler moins. \u00bb On dit rarement : \u00ab Tu devrais peut-\u00eatre prendre davantage de temps pour toi. \u00bb Pourtant, ce sont probablement ces moments-l\u00e0 qui nous maintiennent debout. Beaucoup de fois dans cette pr\u00e9paration, beaucoup de fois dans ma pratique du trail plus g\u00e9n\u00e9ralement, je me suis demand\u00e9 pourquoi je faisais tout \u00e7a. Et beaucoup de fois aussi, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9mu. Parce que le trail m\u2019\u00e9meut. Il y a l\u00e0 quelque chose de l\u2019ordre de l\u2019\u00e9motion, de l\u2019irrationnel.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis il y a aussi cette autre objection, celle qu\u2019on me sert parfois avec un air de bon sens : \u00ab R\u00e9gis, ce n\u2019est pas bon pour la sant\u00e9. \u00bb Mais \u00e9videmment que courir 111 kilom\u00e8tres et 3500 m\u00e8tres de d\u00e9nivel\u00e9 positif n\u2019est pas bon pour le corps si l\u2019on regarde seulement l\u2019instant de l\u2019effort. Bien s\u00fbr que casser autant de fibres musculaires, risquer la d\u00e9shydratation, bouleverser le syst\u00e8me neuromusculaire, pousser autant la machine, ce n\u2019est pas anodin. Bien s\u00fbr qu\u2019un ultra n\u2019est pas une caresse physiologique. Mais regarder cela uniquement sous l\u2019angle m\u00e9caniste du corps-machine qui peut ou ne peut pas encaisser, c\u2019est oublier tout le reste. C\u2019est oublier que ce type d\u2019objectif me tire pendant des mois, structure une pratique, donne un horizon, donne un sens, donne une direction \u00e0 cinq ann\u00e9es de course \u00e0 pied. Et ne pas voir cet aspect psychologique, symbolique et existentiel de l\u2019objectif sportif, c\u2019est passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ce qu\u2019est fondamentalement un objectif sportif. Ce qui est frappant, d\u2019ailleurs, c\u2019est qu\u2019on m\u2019expliquera volontiers que courir un ultra n\u2019est pas bon pour moi, mais beaucoup plus rarement qu\u2019une bi\u00e8re, m\u00eame mod\u00e9r\u00e9e, reste un produit canc\u00e9rig\u00e8ne. Certaines choses sont socialement accept\u00e9es, d\u2019autres non. L\u2019ultra trail a quelque chose d\u2019extraterrestre seulement parce qu\u2019il d\u00e9place les normes.<\/p>\n\n\n\n<p>Et dans cette histoire, il faut que je parle de ma s\u0153ur. Elle fait partie de ce r\u00e9cit bien plus profond\u00e9ment que je ne l\u2019avais peut-\u00eatre formul\u00e9 au d\u00e9part. Avant m\u00eame que je pense un jour courir un ultra trail, elle en courait d\u00e9j\u00e0. Elle a notamment termin\u00e9 la CCC pendant la semaine de l\u2019UTMB. Et pendant longtemps, j\u2019ai regard\u00e9 \u00e7a avec une forme de fascination m\u00eal\u00e9e d\u2019incompr\u00e9hension. J\u2019avais l\u2019impression qu\u2019elle vivait le sport avec une facilit\u00e9 que je n\u2019aurais jamais. J\u2019ai toujours eu cette sensation \u00e9trange qu\u2019elle avan\u00e7ait dans ces efforts-l\u00e0 avec quelque chose de plus naturel, l\u00e0 o\u00f9 moi j\u2019avais l\u2019impression que chaque kilom\u00e8tre devait \u00eatre conquis. Comme si, pour elle, le sport appartenait davantage au registre de l\u2019\u00e9vidence, l\u00e0 o\u00f9 pour moi il restait souvent du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00e9preuve. Et pourtant, sans qu\u2019elle le sache forc\u00e9ment, elle m\u2019a \u00e9norm\u00e9ment inspir\u00e9. Elle a \u00e9t\u00e9 un mod\u00e8le. Un point de projection. Quelqu\u2019un qui rendait ces aventures possibles simplement parce qu\u2019elle les vivait d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant ma pr\u00e9paration, elle a aussi \u00e9t\u00e9 un point d\u2019\u00e9change, un point de structuration, quelqu\u2019un avec qui je pouvais parler du ravitaillement, de la gestion de course, des sensations, des doutes, de l\u2019entra\u00eenement. Et pendant l\u2019ultra lui-m\u00eame, \u00e0 plusieurs moments, je lui ai envoy\u00e9 des messages. Parce que j\u2019avais envie de partager \u00e7a avec elle. Parce qu\u2019il y avait dans cette journ\u00e9e quelque chose que je savais qu\u2019elle comprendrait. Quelque chose de la douleur, de la fatigue, de l\u2019absurde, mais aussi de la beaut\u00e9 de tout cela. Je crois qu\u2019il y a dans le trail et dans l\u2019ultra trail une forme de compr\u00e9hension mutuelle tr\u00e8s particuli\u00e8re entre les gens qui l\u2019ont v\u00e9cu. Une forme de langage silencieux. Une fa\u00e7on de savoir sans devoir expliquer. Et elle a \u00e9t\u00e9, pour moi, l\u2019une des premi\u00e8res incarnations possibles de ce monde-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors oui, pr\u00e9parer un ultra trail prend du temps. Beaucoup de temps. Le Legends Ardenne Trail a commenc\u00e9 bien avant le d\u00e9part. Cette id\u00e9e avait commenc\u00e9 \u00e0 germer six mois plus t\u00f4t et, pendant seize semaines, la pr\u00e9paration est devenue tr\u00e8s concr\u00e8te, tr\u00e8s structur\u00e9e, tr\u00e8s orient\u00e9e vers cet objectif pr\u00e9cis. Cinq semaines avant la course, j\u2019avais fait un gros bloc orient\u00e9 renforcement musculaire. Trois semaines avant, un week-end choc. Puis l\u2019aff\u00fbtage. R\u00e9duire progressivement la charge pour essayer d\u2019arriver frais physiquement, mais surtout pr\u00eat mentalement \u00e0 quelque chose qu\u2019on ne peut pas vraiment simuler. Parce qu\u2019avant mon premier ultra, je croyais na\u00efvement qu\u2019il suffisait de courir longtemps. En r\u00e9alit\u00e9, un ultra trail, c\u2019est apprendre \u00e0 continuer alors que le corps commence d\u00e9j\u00e0 \u00e0 demander pourquoi. Et surtout, c\u2019est apprendre que la douleur finit toujours par arriver. La seule inconnue, c\u2019est le moment o\u00f9 elle entre dans la pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p>Les jours qui pr\u00e9c\u00e8dent sont calmes. Trop calmes. Mercredi, jeudi, vendredi, je charge en glucides, je m\u2019hydrate, je pr\u00e9pare le corps, le mat\u00e9riel, la feuille de route. Le vendredi soir, je ferme les rideaux t\u00f4t. \u00c0 20h, je dors d\u00e9j\u00e0. Comme si le sommeil pouvait empiler des r\u00e9serves de courage.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le d\u00e9part<\/h3>\n\n\n\n<p>Samedi, 4h du matin. Le r\u00e9veil n\u2019est pas brutal. Il est dense. Solennel presque. J\u2019avale du bouillon avec des p\u00e2tes. Quelque chose de chaud. Quelque chose de nourrissant. Quelque chose qui donne l\u2019impression de construire une r\u00e9serve int\u00e9rieure avant d\u2019aller affronter la journ\u00e9e. Avec Bee, on parle. De la course. De l\u2019organisation. Des ravitaillements. De tout et de rien aussi. On est d\u00e9j\u00e0 dedans. \u00c0 4h30, on prend la route. Dans la voiture, il faut continuer \u00e0 bien s\u2019hydrater. Je mange encore mon dernier petit sandwich au fromage avant d\u2019arriver sur place. Et \u00e0 5h30, on arrive au barrage de Nisramont. Je crois que c\u2019est l\u2019un des souvenirs les plus forts de cette journ\u00e9e. Les voitures arrivent une \u00e0 une, les porti\u00e8res s\u2019ouvrent, les gens descendent, mais personne ne parle. Ou presque pas. Il y a un silence absolu. Un silence presque irr\u00e9el. On est au fond d\u2019une cuvette embrum\u00e9e, au milieu des bois. Il n\u2019y a rien. Pas de musique, pas d\u2019agitation, pas de bruit. Juste cette brume suspendue au-dessus de l\u2019eau, et cette sensation \u00e9trange d\u2019\u00eatre tous l\u00e0 pour quelque chose qu\u2019on ne nomme pas. \u00c0 5h55, le briefing des athl\u00e8tes a lieu dans cette ambiance tr\u00e8s informelle. Nous ne sommes que 42 coureurs sur le 111 kilom\u00e8tres. Il y a aussi une poign\u00e9e d\u2019autres, une petite dizaine, qui encha\u00eenent avec la Saint-Remacle apr\u00e8s avoir d\u00e9j\u00e0 couru la veille. Pas de grand spectacle. Quelques mots. Et puis ce basculement discret : \u00e7a y est. Le d\u00e9part est lanc\u00e9. Pudiquement presque.<\/p>\n\n\n\n<p>Les premiers kilom\u00e8tres longent l\u2019eau. Et imm\u00e9diatement, je comprends que cette course ne sera pas simple. J\u2019avais un peu l\u2019impression que le d\u00e9but ferait office d\u2019\u00e9chauffement. En r\u00e9alit\u00e9, pas du tout. Racines, rochers, arbres couch\u00e9s, passages techniques, mouvements sans cesse interrompus. Il faut sauter au-dessus, passer en dessous, casser le rythme, reconstruire le rythme, accepter que rien ne sera fluide. Ce n\u2019est pas un \u00e9chauffement. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 la course. Pourtant, je me sens bien. Au premier ravitaillement, je vois Bee et honn\u00eatement, je suis d\u00e9j\u00e0 fier d\u2019elle. Parce que je vois imm\u00e9diatement tout ce qu\u2019elle a pr\u00e9par\u00e9. Les flasques align\u00e9es. Les gels align\u00e9s. Les pur\u00e9es align\u00e9es. Les affaires organis\u00e9es. Tout est pr\u00eat. Tout est pens\u00e9. Et surtout, elle ne va pas simplement suivre un plan. Elle va s\u2019adapter \u00e0 ma course. Parce qu\u2019entre ce qu\u2019on imagine avant un ultra et ce que le corps accepte r\u00e9ellement une fois dedans, il y a un monde. Et \u00e7a, elle l\u2019a compris imm\u00e9diatement. Ce qui la rendra absolument brillante sur cette assistance, c\u2019est justement cette capacit\u00e9 \u00e0 s\u2019ajuster en permanence. \u00c0 comprendre ce qui passe encore. Ce qui ne passe plus. Ce qu\u2019il faut proposer. Ce qu\u2019il faut laisser tomber. Sans jamais me brusquer. Sans jamais dramatiser. Juste pr\u00e9sente. Exactement comme il fallait. Le premier ravitaillement est une mise en jambes. Le deuxi\u00e8me presque anecdotique. Je me sens encore relativement solide. Le soleil s\u2019est lev\u00e9. L\u2019illusion tient encore.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La ville qui dort<\/h3>\n\n\n\n<p>Je traverse La Roche-en-Ardenne au petit matin, et puis vient cette mont\u00e9e interminable d\u2019une heure. Une heure \u00e0 grimper sans voir la fin. Une heure \u00e0 d\u00e9couvrir une Belgique beaucoup plus verticale que ce que j\u2019imaginais. Je ne pensais pas qu\u2019on pouvait, ici, accumuler ce type de d\u00e9nivel\u00e9 au point de monter si longtemps sans respirer autre chose que l\u2019effort. Puis la chaleur s\u2019installe. Une chaleur lourde, pr\u00e9coce, presque \u00e9touffante. Les premi\u00e8res vraies chaleurs de mai, 24 ou 25 degr\u00e9s, mais surtout un air satur\u00e9 d\u2019orage qui p\u00e8se sur le corps comme un couvercle. Les portions sur bitume rayonnent au visage. Certaines sections, notamment avant la base de vie, deviennent franchement pi\u00e9geuses \u00e0 cause de cette exposition. Et puis il y a ce mur absurde \u00e0 40 %, 250 m\u00e8tres de d\u00e9nivel\u00e9 positif. Une pente si raide qu\u2019on ne la court pas, qu\u2019on ne la marche presque pas, qu\u2019on la subit. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 travaill\u00e9 dans du 25 %, du 30 %. Mais l\u00e0, c\u2019est autre chose. L\u00e0, \u00e7a me flanque une vraie claque. Au troisi\u00e8me ravitaillement, je commence d\u00e9j\u00e0 \u00e0 r\u00e9parer les d\u00e9g\u00e2ts. Les premi\u00e8res ampoules apparaissent. Je mets des Compeed sur mes cloches. Parce qu\u2019\u00e0 partir de trente kilom\u00e8tres, les pieds entrent d\u00e9j\u00e0 dans une autre r\u00e9alit\u00e9. Le corps commence lentement \u00e0 comprendre qu\u2019il va devoir durer encore longtemps. Tr\u00e8s longtemps. Et c\u2019est probablement \u00e7a qui est le plus particulier dans un ultra : au bout de six ou sept heures d\u2019effort, l\u00e0 o\u00f9 une tr\u00e8s grosse journ\u00e9e sportive est d\u00e9j\u00e0 accomplie pour beaucoup de gens, le corps comprend qu\u2019il n\u2019est m\u00eame pas \u00e0 la moiti\u00e9. Et psychologiquement, cela change tout.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La <em>pain cave<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 partir de l\u00e0 que j\u2019entre vraiment dans ce que Courtney Dauwalter appelle la <em>pain cave<\/em>. Avant cet ultra, je trouvais cette expression presque po\u00e9tique. Apr\u00e8s l\u2019avoir v\u00e9cue, je comprends qu\u2019elle est terriblement concr\u00e8te. Ma <em>pain cave<\/em> commence un peu avant la base de vie, quelque part entre le kilom\u00e8tre 45 et le kilom\u00e8tre 50, et elle ne me quittera pratiquement plus avant le ravitaillement cinq, au kilom\u00e8tre 73,5. Et il faut comprendre ce que cela repr\u00e9sente en ultra trail : ce n\u2019est pas un mauvais quart d\u2019heure. Ce n\u2019est pas une petite baisse de moral. Ce sont des heures enti\u00e8res \u00e0 avoir mal. Des heures enti\u00e8res \u00e0 devoir continuer alors que tout en soi commence \u00e0 protester. Le corps, \u00e9videmment. Mais aussi la t\u00eate. Parce qu\u2019\u00e0 ce moment-l\u00e0, je suis passablement d\u00e9shydrat\u00e9, fatigu\u00e9, \u00e9cras\u00e9 par la chaleur. Et surtout, je suis dans cette zone terrible o\u00f9 le corps sait d\u00e9j\u00e0 qu\u2019il a beaucoup donn\u00e9 tout en comprenant qu\u2019il va devoir encore donner \u00e9norm\u00e9ment. J\u2019arrive \u00e0 la base de vie, au ravitaillement quatre, d\u00e9j\u00e0 dans le dur. C\u2019est un endroit \u00e9trange. Un endroit o\u00f9 l\u2019on tente de r\u00e9parer quelque chose qui ne peut plus vraiment \u00eatre r\u00e9par\u00e9. J\u2019essaie de manger petit morceau par petit morceau un sandwich mou au beurre et au fromage. J\u2019essaie de boire la soupe \u00e0 la courgette que Mamina m\u2019avait pr\u00e9par\u00e9e. Je prends un Red Bull. Une bi\u00e8re 0 %. Tout ce qui peut encore apporter un peu d\u2019\u00e9nergie, un peu de r\u00e9confort, un peu de sensation de normalit\u00e9. Mais d\u00e9j\u00e0 \u00e0 ce moment-l\u00e0, je comprends que mon estomac est en train de me l\u00e2cher.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir de l\u00e0, je ne sais pratiquement plus manger. Les gels ne passent plus. Le solide ne passe plus. Le semi-solide non plus. Toute ma strat\u00e9gie nutritionnelle finit par se r\u00e9sumer \u00e0 des glucides liquides et, de temps en temps, une toute petite bouch\u00e9e de ce sandwich mou beurre-fromage qui est pratiquement la seule chose que mon corps tol\u00e8re encore. Et en parall\u00e8le de \u00e7a, mes intestins commencent \u00e0 me faire souffrir d\u2019une mani\u00e8re extr\u00eamement violente. J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019on me d\u00e9chire de l\u2019int\u00e9rieur. Comme si mes abdominaux avaient \u00e9t\u00e9 ouverts de part et d\u2019autre. Comme si tout mon ventre \u00e9tait en train de se contracter contre moi. Apr\u00e8s coup, j\u2019ai l\u2019impression que mon syst\u00e8me digestif se mettait simplement \u00e0 l\u2019arr\u00eat, ou du moins au ralenti, pour ne plus faire que ce qui \u00e9tait vital. Mais sur le moment, je ne raisonne pas comme \u00e7a. Sur le moment, j\u2019ai juste atrocement mal. Et puis il y a cette autre douleur, h\u00e9patique celle-l\u00e0, que je connais malheureusement bien. J\u2019ai des spasmes du sphincter d\u2019Oddi et les tr\u00e8s gros apports glucidiques peuvent parfois d\u00e9clencher des crises assez violentes. C\u2019est exactement ce qui se produit. \u00c0 ce moment-l\u00e0, entre les intestins qui semblent se mettre \u00e0 l\u2019arr\u00eat, les douleurs abdominales, la chaleur, la fatigue et cette crise h\u00e9patique qui se rajoute par-dessus, je craque compl\u00e8tement. J\u2019appelle Bee en pleurant. Mais vraiment en pleurant de douleur, en pleurant de d\u00e9sespoir, en pleurant parce que j\u2019en ai ras-le-bol. Je ne vois plus tr\u00e8s bien ce que je fais l\u00e0. Je me demande pourquoi je suis venu. Je me demande comment je vais faire. Je me demande m\u00eame, tr\u00e8s sinc\u00e8rement, si je vais finir.<\/p>\n\n\n\n<p>Et pourtant, ce qui est \u00e9trange avec un ultra trail, c\u2019est qu\u2019on continue quand m\u00eame. Pas parce qu\u2019on est fort. Pas parce qu\u2019on est h\u00e9ro\u00efque. Mais parce qu\u2019on avance souvent juste jusqu\u2019au prochain ravitaillement. Juste jusqu\u2019au prochain point. Toute ma course va se structurer comme \u00e7a. Au d\u00e9but d\u2019une portion, apr\u00e8s avoir mang\u00e9, bu et vu Bee, mon moral remonte un peu. Le premier kilom\u00e8tre apr\u00e8s un ravitaillement me redonne parfois un semblant d\u2019\u00e9lan. Puis les kilom\u00e8tres passent. Le corps se vide \u00e0 nouveau. La douleur remonte. Et j\u2019arrive au ravitaillement suivant pratiquement au niveau z\u00e9ro mentalement. Et \u00e0 chaque fois, Bee prend ce temps sans me brusquer. L\u2019id\u00e9e de continuer, au fond, n\u2019est pas n\u00e9gociable, mais elle ne me pousse jamais brutalement. Elle me remet doucement en mouvement. Avec calme. Avec justesse. Avec cette douceur ferme qui permet d\u2019avancer sans se sentir \u00e9cras\u00e9. Et je crois sinc\u00e8rement que sans cette mani\u00e8re extr\u00eamement juste de me faire continuer, je n\u2019aurais jamais termin\u00e9 cette course. C\u2019est aussi pendant cette portion de souffrance que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 halluciner. Dans l\u2019herbe, je voyais des panneaux de radioactivit\u00e9, des signes jaunes et noirs plant\u00e9s dans le paysage. L\u2019herbe devenait jaune, verte, presque fluorescente. Le r\u00e9el se d\u00e9formait. Le corps surchauffait. La t\u00eate flottait. J\u2019\u00e9tais dans un endroit \u00e9trange, entre douleur, fatigue et d\u00e9r\u00e8glement.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le second souffle<\/h3>\n\n\n\n<p>Puis vient le ravitaillement cinq. Et avec lui, quelque chose d\u2019important. Fran\u00e7ois, Amanda, les filles. Des sourires. Un panneau. Des visages connus dans cette journ\u00e9e devenue presque irr\u00e9elle. Je prends le temps de m\u2019asseoir. Je bois \u00e9norm\u00e9ment. Je suis encore tr\u00e8s mal, mais la pr\u00e9sence des proches fait quelque chose au corps et \u00e0 l\u2019\u00e2me que la nutrition seule ne peut pas faire. Et puis je repars pour une longue section de plus de vingt kilom\u00e8tres sans assistance. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019arrive l\u2019orage. Et honn\u00eatement, cet orage a probablement chang\u00e9 ma course. Les premi\u00e8res grosses gouttes tombent. Puis la pluie devient violente. De la gr\u00eale parfois. L\u2019eau d\u00e9gouline de ma casquette, coule sur mon visage, sur mon t-shirt, le long de mon corps entier. Et alors que beaucoup auraient probablement essay\u00e9 de lutter contre cette pluie ou de s\u2019en prot\u00e9ger, moi je la vis comme une d\u00e9livrance absolue. Je suis un coureur du froid, pas un coureur du chaud. Et cette pluie refroidit enfin mon corps qui surchauffait depuis des heures. J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019elle m\u2019enveloppe. Qu\u2019elle me porte. Comme si l\u2019eau me permettait enfin de renouer avec moi-m\u00eame. Je n\u2019essaie pas de me prot\u00e9ger de la pluie. Je l\u2019utilise comme la plus pr\u00e9cieuse des alli\u00e9es. Je recommence \u00e0 courir. Je recommence \u00e0 avancer avec plaisir. Et dans cette section-l\u00e0, sans m\u00eame m\u2019en rendre compte, je retrouve quelque chose de vivant en moi. J\u2019\u00e9coute des podcasts, des audiobooks, comme pendant une bonne partie de la course, parce que je ne sais pas toujours s\u2019il faut \u00eatre totalement dans l\u2019instant pr\u00e9sent ou parfois laisser un r\u00e9cit accompagner le temps qui passe. Et je me souviens particuli\u00e8rement de <em>La physique de l\u2019extr\u00eame<\/em> de Julien Bobroff pendant l\u2019orage, pendant que les gouttes s\u2019\u00e9crasaient sur ma casquette et que je continuais \u00e0 avancer presque sans savoir comment.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis, au milieu des champs, quelque chose se produit. Un milan royal vole au-dessus de moi. Lentement. Magnifiquement. Et dans cette solitude immense du trail, dans la fatigue du corps, ce moment me touche profond\u00e9ment. J\u2019ai l\u2019impression d\u2019\u00eatre reli\u00e9 \u00e0 quelque chose de plus grand que moi. Quelque chose que je ne saurais m\u00eame pas expliquer correctement. Mais ce moment reste suspendu en moi comme un instant de gr\u00e2ce absolue au milieu de la douleur. Et puis il y a cette descente avant le ravitaillement six. Cette esp\u00e8ce de balafre dans la vall\u00e9e. Une pente tellement raide que je me dis tr\u00e8s sinc\u00e8rement que si je tombe, je peux me tuer. De grandes marches faites de terre et de rondins qui plongent brutalement dans la for\u00eat. \u00c0 ce moment-l\u00e0, je suis autour du kilom\u00e8tre 68-69 et les jambes souffrent atrocement dans les descentes. Descendre devient presque plus difficile que monter. Chaque impact brise les quadriceps. Chaque grande marche secoue le corps entier. Et en bas, il y a encore les orties qui fouettent les jambes, comme si le parcours voulait tester jusqu\u2019au bout notre capacit\u00e9 \u00e0 accepter l\u2019inconfort. La section a quelque chose de brutal, presque punitif. Et pourtant, elle me m\u00e8ne quelque part.<\/p>\n\n\n\n<p>Bee m\u2019appelle sur mon GSM. J\u2019arrive bient\u00f4t pr\u00e8s d\u2019elle. Elle me demande comment je vais. Car certains traileurs se sont perdus. D\u2019autres abandonnent. Plus de 40% abandonneront. Mais \u00e7a, je ne le saurai qu\u2019apr\u00e8s. Bee entend ma voix, le ton, les inflexions. Elle sait que j\u2019ai un second souffle. Elle me complimente : \u00ab \u00c7a fait du bien de t\u2019entendre comme \u00e7a ! \u00bb Et moi, si elle savait comme \u00e7a me fait du bien dans l\u2019entendre.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le dernier segment<\/h3>\n\n\n\n<p>Quand j\u2019arrive au ravitaillement six, elle me crie : \u00ab Que tu es beau ! \u00bb. Elle ne peut clairement pas \u00eatre lucide non plus ! De mon c\u00f4t\u00e9, quelque chose a chang\u00e9. Mon corps est d\u00e9truit, mais mon moral est revenu. Je plaisante avec Bee. Je plaisante avec les b\u00e9n\u00e9voles. Je souris \u00e0 nouveau. Et je crois qu\u2019\u00e0 ce moment-l\u00e0, sans vraiment le comprendre encore, j\u2019ai accept\u00e9 ce qu\u2019\u00e9tait l\u2019ultra trail. J\u2019ai accept\u00e9 la douleur. J\u2019ai accept\u00e9 la lenteur. J\u2019ai accept\u00e9 le fait de marcher avec des b\u00e2tons. J\u2019ai accept\u00e9 d\u2019\u00eatre tremp\u00e9. J\u2019ai accept\u00e9 de ne plus savoir manger. J\u2019ai accept\u00e9 d\u2019avoir mal partout. J\u2019ai accept\u00e9 l\u2019estomac en vrac, les pieds gorg\u00e9s d\u2019eau, la nuit qui tombe, le fait que les chaussures sont d\u00e9sormais pleines d\u2019eau et que la mac\u00e9ration est en route. Il m\u2019a fallu pratiquement 94 kilom\u00e8tres pour accepter l\u2019essence m\u00eame de cette discipline que je ne connaissais pas encore r\u00e9ellement. Et alors je pars pour les 17 derniers kilom\u00e8tres. Les 17 derniers kilom\u00e8tres. Les 17\u2026 derniers\u2026 kilom\u00e8tres. Comme si c\u2019\u00e9tait impossible d\u2019\u00eatre arriv\u00e9 jusque l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces 17 kilom\u00e8tres restent probablement l\u2019un des moments les plus \u00e9tranges et les plus beaux que j\u2019aie v\u00e9cus sportivement. La nuit tombe compl\u00e8tement. La frontale \u00e9claire les chemins. Au loin, les orages illuminent la vall\u00e9e par flashs successifs. Les villages brillent dans le noir. Je suis seul. Compl\u00e8tement seul. Et pourtant, je sais que je me rapproche. Je sais que ces six mois de pr\u00e9paration existent maintenant dans quelque chose de concret. Et en m\u00eame temps, rien n\u2019est termin\u00e9. Tout peut encore s\u2019effondrer. Mon corps est \u00e0 bout. Mais dans cette fatigue absolue, il y a aussi une forme de paix. Une forme de po\u00e9sie presque irr\u00e9elle. Il y a cette chaleur encore suspendue dans l\u2019air, cette solitude dans la t\u00eate, ce contentement \u00e9trange et ce corps effondr\u00e9. Tout est l\u00e0 pour rendre le moment hors du temps. Je mets alors la musique qui me fait le plus penser \u00e0 mes enfants. Parce qu\u2019il y a aussi eu \u00e7a, pendant cette course : l\u2019envie qu\u2019ils puissent \u00eatre fiers de leur papa. L\u2019envie de leur montrer qu\u2019on peut aller au bout d\u2019une chose difficile. Et dans cette nuit, avec la vall\u00e9e qui clignote sous les \u00e9clairs, je me dis alors : c\u2019est donc \u00e7a qu\u2019on vient chercher sur un ultra trail. Pas simplement la performance. Pas simplement la distance. Mais cette exp\u00e9rience profond\u00e9ment existentielle du rapport \u00e0 soi, \u00e0 la douleur, au temps, au monde, \u00e0 la solitude, au vivant.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant cette course, j\u2019ai aussi crois\u00e9 d\u2019autres coureurs. Pas beaucoup, parce que nous \u00e9tions peu nombreux, mais assez pour sentir qu\u2019une sorte de fraternit\u00e9 silencieuse existait. Parfois c\u2019\u00e9tait moi qui d\u00e9passais. Parfois c\u2019\u00e9tait eux. Parfois on se retrouvait plus loin. On s\u2019\u00e9changeait un mot en fran\u00e7ais, un mot en n\u00e9erlandais, un \u00ab \u00e7a va ? \u00bb, un \u00ab courage \u00bb, un \u00ab c\u2019est dur \u00bb, un \u00ab on va y arriver \u00bb. Et cette humanit\u00e9-l\u00e0 m\u2019a profond\u00e9ment touch\u00e9. Parce qu\u2019elle \u00e9tait simple, nue, sans d\u00e9cor. J\u2019ai aussi mal au c\u0153ur en pensant \u00e0 celles et ceux qui n\u2019ont pas fini. J\u2019ai vu des abandons. J\u2019ai vu des gens s\u2019arr\u00eater tr\u00e8s loin dans la course, parfois m\u00eame au kilom\u00e8tre 94. On pourrait croire qu\u2019abandonner \u00e0 17 kilom\u00e8tres du but est absurde. Mais ces 17 kilom\u00e8tres-l\u00e0 \u00e9taient immenses. Ils se couraient dans la douleur, dans la nuit, dans la fatigue profonde, dans l\u2019usure totale, dans le froid qui revenait, dans la p\u00e9nibilit\u00e9 d\u2019une fin de course o\u00f9 tout le corps a d\u00e9j\u00e0 tout donn\u00e9. Les gens qui ont v\u00e9cu cela le savent. Et je crois que c\u2019est aussi pour cela qu\u2019il y a entre traileurs, et plus encore entre ultra-traileurs, une forme de respect mutuel tr\u00e8s particuli\u00e8re. Parce qu\u2019on sait \u00e0 peu pr\u00e8s tous par quoi l\u2019autre est pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Par-del\u00e0 l&rsquo;horizon<\/h3>\n\n\n\n<p>\u00c0 23h32, j\u2019arrive \u00e0 Ocquier. Il n\u2019y a presque plus personne. Tout est calme. Intime. Bee est l\u00e0. Les lumi\u00e8res de l\u2019arriv\u00e9e, ce spots en pleine face. Et je comprends alors quelque chose de tr\u00e8s \u00e9trange : je ne viens pas simplement de terminer une course. Je viens de traverser une exp\u00e9rience de vie. On me donne du coca. Un burger v\u00e9g\u00e9tarien. J\u2019essaie de r\u00e9cup\u00e9rer un peu. Et l\u00e0, mon corps l\u00e2che vraiment. Naus\u00e9es. Acouph\u00e8nes. Des sortes d\u2019absences. Sur le chemin du retour, je demande plusieurs fois \u00e0 Bee de s\u2019arr\u00eater parce que j\u2019ai l\u2019impression que je vais vomir ou m\u2019\u00e9vanouir. Dans la voiture, j\u2019ai la couverture de survie sur moi, je grelotte, je sens que tout s\u2019effondre. Mon odeur devait probablement \u00eatre l\u2019une des pires odeurs de l\u2019univers. Et puis \u00e0 la maison, le froid me saisit. Violent. Incontr\u00f4lable. Je tremble. Je prends un bain br\u00fblant, mais mon corps reste ailleurs. Sous les couvertures, je tremble encore. La nuit est terrible. Douleur. Chaud. Froid. Rien n\u2019est stable.<\/p>\n\n\n\n<p>Et apr\u00e8s cela, il y a encore tout ce qu\u2019on ne raconte jamais assez. L\u2019effondrement hormonal. L\u2019effondrement neuromusculaire. L\u2019effondrement physique. Puis la r\u00e9cup\u00e9ration hormonale, la r\u00e9cup\u00e9ration neuromusculaire, la r\u00e9cup\u00e9ration physique. La narration r\u00e9troactive aussi. La fa\u00e7on dont on se raconte ensuite ce qu\u2019on vient de vivre. Le moment o\u00f9 terminer un ultra trail change un peu la fa\u00e7on dont on se per\u00e7oit soi-m\u00eame. Parce qu\u2019\u00e0 partir du moment o\u00f9 l\u2019on a termin\u00e9 un ultra, quelque chose change symboliquement. Et ceux qui ont d\u00e9j\u00e0 termin\u00e9 un marathon ou un ultra savent exactement de quoi je parle. Il existe une forme de compr\u00e9hension mutuelle entre les gens qui sont pass\u00e9s par l\u00e0. Une forme de respect silencieux parce qu\u2019on sait tous ce que cela co\u00fbte physiquement et mentalement. Je suis heureux de rentrer dans ce monde des ultra-traileurs, m\u00eame si je sais aussi que certains diront toujours qu\u2019une seule fois ne suffit pas \u00e0 se dire ultra. Peut-\u00eatre. Mais je crois surtout que toute personne qui a termin\u00e9 un marathon sait ce que cela fait de terminer un marathon, et que toute personne qui a termin\u00e9 un ultra sait ce que cela fait de terminer un ultra. Il y a dans cette exp\u00e9rience une compr\u00e9hension charnelle que l\u2019on ne discute pas beaucoup.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Tout ce que je voulais, c&rsquo;\u00e9tait courir<\/h3>\n\n\n\n<p>Ces lignes sont l\u00e0 pour ne pas oublier. Pour fixer tout \u00e7a pendant que les sensations sont encore vivantes. Pendant que l\u2019\u00e9motion est encore l\u00e0. Parce que je crois qu\u2019au fond, cet article est moins destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre lu qu\u2019\u00e0 \u00eatre conserv\u00e9. Comme une trace. Comme une m\u00e9moire. Pour me rappeler qu\u2019un jour, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 ce R\u00e9gis-l\u00e0. Celui qui a travers\u00e9 les Ardennes pendant dix-sept heures et demie. Celui qui a dout\u00e9. Celui qui a pleur\u00e9. Celui qui a eu mal. Celui qui a continu\u00e9 quand m\u00eame. Celui qui a termin\u00e9 le Legends Ardenne Trail. Celui qui est entr\u00e9, avec une immense fiert\u00e9, dans cette dr\u00f4le de famille des cent-bornards et des ultra-traileurs. Et si cette course va changer profond\u00e9ment mon rapport \u00e0 la course \u00e0 pied pour le restant de ma vie, c\u2019est aussi parce qu\u2019elle m\u2019a appris quelque chose de fondamental sur moi-m\u00eame. J\u2019ai d\u00e9couvert que mon corps pouvait le faire. Et cela compte beaucoup, parce que je me suis mis \u00e0 courir pass\u00e9 trente ans, parce que nous ne sommes pas \u00e9ternels, parce que nos corps ne sont pas \u00e9ternels, et que voir ce petit corps capable d\u2019aller jusque-l\u00e0 a quelque chose de profond\u00e9ment bouleversant.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a dans le trail quelque chose de tr\u00e8s pur : au fond, il n\u2019y a que nos jambes, nos poumons, notre t\u00eate, et entre nous et le sol, une simple semelle. Pas de moteur. Pas de machine. Pas de grand apparat. Juste le corps face au monde. La nature n\u2019est pas un adversaire, ce serait mal lui rendre hommage que de dire cela, mais elle est le milieu m\u00eame de l\u2019aventure, ce qui nous porte autant que ce qui nous \u00e9prouve. Et ce que je retiens, plus encore que la performance ou que la douleur, ce sont les pr\u00e9sences. Ma s\u0153ur, comme horizon possible. Mes enfants, comme lumi\u00e8re int\u00e9rieure. Et Bee, surtout Bee, sans qui je n\u2019aurais jamais termin\u00e9. Une assistance parfaite, c\u2019est une assistance juste. Et elle a \u00e9t\u00e9 juste \u00e0 chaque instant : juste l\u00e0 comme il fallait, juste assez motivante, juste assez \u00e0 l\u2019\u00e9coute, juste assez interventionniste, juste assez douce, juste assez solide. \u00c0 chaque ravitaillement, elle a \u00e9t\u00e9 ce point fixe dans une journ\u00e9e qui se d\u00e9faisait. Et s\u2019il m\u2019arrive encore aujourd\u2019hui de pleurer en repensant \u00e0 certains moments de cette course, en revoyant la ligne d\u2019arriv\u00e9e, en repensant \u00e0 la nuit, \u00e0 l\u2019orage, \u00e0 la douleur, au milan royal, \u00e0 la solitude et \u00e0 la beaut\u00e9 de tout cela, c\u2019est peut-\u00eatre parce que l\u2019ultra trail n\u2019est jamais seulement un effort physique. C\u2019est une exp\u00e9rience de soi, une exp\u00e9rience de ses limites, une exp\u00e9rience du vivant.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces lignes sont l\u00e0 pour que je n\u2019oublie jamais que, ce jour-l\u00e0, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 ce R\u00e9gis qui a couru&#8230; le Legends Ardenne Trail.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-2 is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" data-id=\"583\" src=\"https:\/\/profunitespeciale.be\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/25f448101d68496888080d255f1db149-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-583\" srcset=\"https:\/\/profunitespeciale.be\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/25f448101d68496888080d255f1db149-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/profunitespeciale.be\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/25f448101d68496888080d255f1db149-300x169.jpg 300w, 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Et puis il y a celles que l\u2019on vit parce qu\u2019au fond, quelque chose en nous avait besoin de les traverser. Le Legends Ardenne Trail fait partie de celles-l\u00e0. J\u2019\u00e9cris pour moi. Pour ne pas oublier. Ne pas oublier, qu\u2019un jour, j\u2019ai termin\u00e9 Le LAT 110, un ultra trail de 111 kilom\u00e8tres et 3500 m\u00e8tres de d\u00e9nivel\u00e9 positif entre le barrage de Nisramont et Ocquier (commune de Clavier). Et parce que je n\u2019ai pas film\u00e9. Parce que je n\u2019ai pas photographi\u00e9. J\u2019ai mis les souvenirs dans ma t\u00eate. Et qu\u2019\u00e9crire permet de recr\u00e9er ces images, encore et encore. Avec beaut\u00e9, temps, et avec la brume mn\u00e9sique qui entoure mon v\u00e9cu profond de ce parcours. Une question (revenait et) revient souvent. Une question qui semble simple, mais qui me laisse toujours un peu perplexe : \u00ab Mais pourquoi tu (vas faire ou) a fait \u00e7a ? \u00bb Pourquoi courir autant ? Pourquoi vouloir aller plus loin ? Pourquoi vouloir passer dix-sept heures et demie \u00e0 courir, marcher, souffrir, grimper des c\u00f4tes absurdes, traverser des for\u00eats dans la nuit, finir d\u00e9truit physiquement et pourtant profond\u00e9ment heureux (a posteriori) d\u2019avoir travers\u00e9 tout \u00e7a ? Plus j\u2019y r\u00e9fl\u00e9chis, plus je trouve cette question \u00e9trange. Parce que les gens comprennent tr\u00e8s bien qu\u2019on coure un 10 kilom\u00e8tres. Ils comprennent encore le semi-marathon. \u00c0 la limite, ils comprennent le marathon, parce que c\u2019est une distance mythique, install\u00e9e dans l\u2019imaginaire collectif. Mais d\u00e8s qu\u2019on d\u00e9passe cela, d\u00e8s qu\u2019on entre dans des distances qui ne semblent plus raisonnables, il faudrait une explication. Comme si cela relevait forc\u00e9ment d\u2019un exc\u00e8s. Comme si cela sortait des normes acceptables du quotidien. Comme si aller courir longtemps dans les bois \u00e9tait plus stupide que de passer des heures devant un \u00e9cran ou enferm\u00e9 dans un bureau sous lumi\u00e8re artificielle. Pourtant, au fond, courir est probablement l\u2019une des choses les plus profond\u00e9ment humaines qui soient. L\u2019\u00eatre humain est un animal d\u2019endurance. Nous avons surv\u00e9cu pendant des mill\u00e9naires non pas parce que nous \u00e9tions les plus forts ou les plus rapides, mais parce que nous \u00e9tions capables d\u2019avancer longtemps (de fabriquer des outils et de faire soci\u00e9t\u00e9). Tr\u00e8s longtemps. Je crois qu\u2019il y a quelque chose d\u2019extr\u00eamement archa\u00efque dans le trail. Quelque chose qui reconnecte \u00e0 une version tr\u00e8s ancienne de nous-m\u00eames. Quelque chose qui d\u00e9passe largement le simple fait de \u00ab faire du sport \u00bb. Bref, on ne demande jamais \u00e0 quelqu\u2019un pourquoi il aime jouer du piano. On ne demande pas pourquoi quelqu\u2019un aime boire une bonne bi\u00e8re avec des amis. On ne demande pas pourquoi quelqu\u2019un aime regarder du foot \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, cuisiner, jardiner, lire ou marcher pendant des heures. Mais courir dans les bois, surtout longtemps, semble exiger une justification. Et plus on s\u2019\u00e9loigne des standards habituels, plus cette justification semble devoir devenir s\u00e9rieuse. Comme s\u2019il fallait d\u00e9fendre l\u2019existence m\u00eame du d\u00e9sir. Moi, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 courir il y a cinq ans. Au d\u00e9part, c\u2019\u00e9tait presque banal. Une question de sant\u00e9. Apr\u00e8s une op\u00e9ration, j\u2019avais perdu du poids et j\u2019avais besoin de reprendre soin de mon corps. Mais tr\u00e8s vite, j\u2019ai compris que ce n\u2019\u00e9tait pas uniquement mon corps qui allait mieux. C\u2019\u00e9tait ma t\u00eate aussi. Parce qu\u2019il y a quelque chose dans le fait de sortir dehors, dans les chemins, dans les bois, qui me fait du bien d\u2019une mani\u00e8re difficile \u00e0 expliquer. Respirer l\u2019air froid le matin. Entendre les oiseaux avant que le monde ne fasse du bruit. Courir sous la pluie. Traverser la boue en hiver. Sentir les feuilles mortes en automne. Voir les premi\u00e8res pousses sortir de terre au printemps. Aimer la poussi\u00e8re des chemins en \u00e9t\u00e9, les cailloux, les sentiers, les saisons. Le trail ne s\u2019est m\u00eame pas vraiment impos\u00e9 comme un choix. J\u2019habite \u00e0 la campagne. Autour de chez moi, il y a davantage de chemins que de routes. Alors naturellement, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 courir dedans. Puis un jour, je me suis rendu compte que j\u2019aimais profond\u00e9ment \u00e7a. J\u2019aimais l\u2019esth\u00e9tique des chemins. J\u2019aimais le fait de devoir avancer malgr\u00e9 le froid, malgr\u00e9 la pluie, malgr\u00e9 la fatigue. J\u2019aimais aussi cette sensation \u00e9trange d\u2019\u00eatre seul au monde dans les bois. Et je crois surtout que j\u2019avais besoin d\u2019un endroit o\u00f9 l\u00e2cher. Parce que ma vie quotidienne est dense. Un doctorat. L\u2019enseignement. Les spectacles. L\u2019improvisation. Trois enfants. Mille pens\u00e9es en permanence. Et souvent, quand les gens me disent : \u00ab Tu devrais peut-\u00eatre lever le pied \u00bb, ce qui est \u00e9trange, c\u2019est que les choses qu\u2019il faudrait retirer sont toujours celles qui me font du bien. Il faudrait courir moins. Faire moins d\u2019impro. Cr\u00e9er moins. Bouger moins. En gros, il faudrait garder tout ce qui \u00e9puise et retirer tout ce qui ressource. Et je trouve \u00e7a profond\u00e9ment bizarre. On dit rarement aux gens : \u00ab Tu devrais peut-\u00eatre travailler moins. \u00bb On dit rarement : \u00ab Tu devrais peut-\u00eatre prendre davantage de temps pour toi. \u00bb Pourtant, ce sont probablement ces moments-l\u00e0 qui nous maintiennent debout. Beaucoup de fois dans cette pr\u00e9paration, beaucoup de fois dans ma pratique du trail plus g\u00e9n\u00e9ralement, je me suis demand\u00e9 pourquoi je faisais tout \u00e7a. Et beaucoup de fois aussi, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9mu. Parce que le trail m\u2019\u00e9meut. Il y a l\u00e0 quelque chose de l\u2019ordre de l\u2019\u00e9motion, de l\u2019irrationnel. Et puis il y a aussi cette autre objection, celle qu\u2019on me sert parfois avec un air de bon sens : \u00ab R\u00e9gis, ce n\u2019est pas bon pour la sant\u00e9. \u00bb Mais \u00e9videmment que courir 111 kilom\u00e8tres et 3500 m\u00e8tres de d\u00e9nivel\u00e9 positif n\u2019est pas bon pour le corps si l\u2019on regarde seulement l\u2019instant de l\u2019effort. Bien s\u00fbr que casser autant de fibres musculaires, risquer la d\u00e9shydratation, bouleverser le syst\u00e8me neuromusculaire, pousser autant la machine, ce n\u2019est pas anodin. Bien s\u00fbr qu\u2019un ultra n\u2019est pas une caresse physiologique. Mais regarder cela uniquement sous l\u2019angle m\u00e9caniste du corps-machine qui peut ou ne peut pas [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":599,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[15,1],"tags":[85,84,83],"class_list":["post-579","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles","category-non-classe","tag-biographie","tag-sport","tag-trail"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/profunitespeciale.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/579","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/profunitespeciale.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/profunitespeciale.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/profunitespeciale.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/profunitespeciale.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=579"}],"version-history":[{"count":21,"href":"https:\/\/profunitespeciale.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/579\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":613,"href":"https:\/\/profunitespeciale.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/579\/revisions\/613"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/profunitespeciale.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/599"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/profunitespeciale.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=579"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/profunitespeciale.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=579"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/profunitespeciale.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=579"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}